Nous sommes le 5 août 2013 à Londres, Mark Post, un scientifique néerlandais présente en grande pompe un burger dont le steak haché a été conçu dans un laboratoire : la viande in-vitro est née. Avec leur humour si singulier, les anglais surnomment vite cet objet alimentaire non identifié « Frankenburger ». Financé par le cofondateur de Google, Sergey Brin, à hauteur de 290 000 euros, ce burger d’un nouveau genre interroge. De quoi parlons-nous vraiment ? Allons-nous tous nous convertir au « Frankenburger » dans quelques années ?

 

Qu’est-ce que la viande in-vitro ?

Pendant 6 mois, Mark Post a cultivé en laboratoire des cellules musculaires bovines dans une boîte de Petri. Voici sa recette :

  • Prélevez des cellules musculaires sur un animal vivant.
  • Placez-les dans un sérum de fœtus de veau qui apporter les nutriments indispensables à la multiplication des cellules.
  • Ajoutez-y « des hormones, des facteurs de croissance, […] des antibiotiques et des fongicides ».
  • Laissez reposer.
  • Une fois que le tout forme des fibres musculaires de 0,3 millimètre de longueur, placez-les dans une centrifugeuse pour compacter le tout.
  • Dégustez !

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Plus sérieusement, selon Jean-François Hocquette, chercheur à l’unité mixte sur les herbivores de l’Inra1 et coordonnateur en 2015 d’une revue scientifique internationale sur le sujet :

« Pour l’instant, il s’agit d’un amas de cellules musculaires qui se multiplient dans des boîtes de Pétri ».

Dans une interview à France Info, il ajoute : « Des cellules qui se sont multipliées entre elles dans un milieu complètement artificiel auront-elles la capacité de capter ou de synthétiser tous les éléments nutritifs caractéristiques de la viande ? On peut en douter. »2

 

La viande in-vitro et la puissance financière américaine.

Si la viande in-vitro n’est pas encore tout à fait de la viande comme nous la connaissons, les efforts réalisés pour que cette innovation technologique finisse un jour dans nos assiettes sont bien réels.

Ils se nomment Jeff Bezos (Amazon), Bill Gates, Richard Branson (Virgin), Jack Welch (ancien PDG de General Motors), Biz Stone et Evan Williams (co-fondateurs de Twitter) ; ils sont anglo-saxons, viennent pour la plupart du monde du web, appartiennent au club des plus grandes fortunes mondiales et ont comme point commun d’investir massivement dans la viande artificielle.

De nombreuses start-up de la « foodtech », principalement aux Etats-Unis, mais également en Israël (SuperMeat), tentent d’élaborer un nouvel eldorado industriel et ces prestigieux investisseurs leur donnent un coup de pouce appréciable depuis quelques années. Memphis Meat, startup californienne de la Silicon Valley, a ainsi levé 17 millions de dollars, même chose du côté de Beyond Meat (241 millions de dollars) ou encore Modern Meadow (son idée est d’imprimer de la viande en 3D) : la liste n’est pas exhaustive.

En novembre 2018, les autorités sanitaires américaines ont ouvert une porte pour une future commercialisation de la viande in-vitro3, preuve que le dossier avance sérieusement aux Etats-Unis … sans avoir pour le moment répondu aux nombreuses questions éthiques, sanitaires et nutritionnelles que posent inévitablement ce nouveau produit. Et si tout ceci n’était qu’une affaire de gros sous à la sauce « green washing » ? La question reste ouverte.

Alors que les autorités sanitaires françaises préconisent une alimentation avec peu de produits transformés, ces start-ups nous promettent tout l’inverse : des aliments surtransformés et uniformisés. Les français seront-ils prêts à accepter ce grand écart ? Et vous, si un jour vous êtes confronté à « Frankenburger », quel sera votre réaction ?

 

La viande in-vitro est-elle vegan-compatible ?

A priori non. La matière première du steak 2.0 provient d’un animal bien vivant. L’utilisation de sérum de fœtus de veau comme élément nutritif n’allège pas l’addition. La viande in-vitro reste donc en quelque sorte un produit d’origine animal. De nombreuses associations animalistes soutiennent néanmoins la démarche. En 2008, l’association PETA4 avait promis par exemple 1 million de dollars à ceux qui arriveraient à développer de la viande de poulet artificiellement d’ici à 20125.

Les personnes qui suivent un régime alimentaire végétalien ne sont toutefois pas oubliées par les start-ups américaines. Preuve en est la mise sur le marché international de l’Impossible Burger par la start-up Impossible Foods. Il s’agit d’un burger 100 % végétalien où le steak ressemble à s’y méprendre à de la véritable viande. Le mimétisme a été poussé, de manière assez étonnante, voire paradoxale, jusqu’à créer du faux « sang » de synthèse à partir de levures génétiquement modifiées issues du soja.

Viande in-vitro ou substituts 100% végétal, tout ceci reste la promesse d’une alimentation toujours plus industrialisée, uniformisée et américanisée. Est-ce bien le futur dont nous rêvons ?


1 Institut national de la recherche agronomique
2 https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/viande-in-vitro-panacee-contre-le-rechauffement-climatique-ou-cocktail-aux-hormones-indigeste_3051361.html
3 Ibid,
4 People for Ethical Treatments of Animals
5 https://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/06/21/la-viande-in-vitro-cuisine-cellulaire_1722680_1650684.html

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