Les notions d’antispécisme et de spécisme ont récemment fait irruption dans notre quotidien. Vous êtes un peu perdus dans ce nouveau champ lexical ? Essayons d’y voir plus clair.

 

Pour en apprendre davantage sur ces nouveaux termes, tournons-nous vers les deux dictionnaires qui font autorité en France : le Larousse et Le Robert. Depuis son édition 2017, le Robert  définit le spécisme et l’antispécisme comme tels :
 

Spécisme: n. m. du latin species (espèce) et d’après racisme et l’anglais speciesism (1970). Didact. Idéologie qui postule une hiérarchie entre les espèces. Spécialt. La supériorité de l’être humain sur les animaux. « la lutte contre le spécisme, c’est l’extension du principe d’égalité au monde animal «  (Le Matin, 2015). Par ext. Mauvais traitement, exploitation des animaux. Contr. Antispécisme.

Antispécisme: n. m. de l’anti- et spécisme. Idéologie qui s’oppose au spécisme ; lutte contre le spécisme

Quant au Larousse, c’est dans son édition 2020 que les deux termes apparaissent :

Spécisme n.m. (du lat. species, espèce). Vision du monde postulant une hiérarchie entre les espèces animales et, en particulier, la supériorité de l’être humain sur les animaux. ( > antispécisme).

Antispécisme n.m. Vision du monde qui récuse, par opposition au spécisme, la notion de hiérarchie entre les espèces animales et, particulièrement, la supériorité de l’être humain sur les animaux.  Accordant à tous les individus, indépendamment de l’espèce à laquelle ils appartiennent, un même statut moral, l’antispécisme combat toutes les formes de maltraitance et d’exploitation animales.

Un peu d’histoire s’impose ! Tournons-nous vers le monde anglo-saxon. C’est en 1970 qu’un psychologue britannique nommé Richard Ryder crée le terme spécisme dans une brochure qui dénonçait alors les expérimentations scientifiques sur les animaux de laboratoire. Par analogie avec le racisme ou le sexisme, il qualifie alors de « spéciste » la justification des traitements infligés aux espèces animales par les humains.

Passé alors presqu’inaperçue, la notion est popularisée 5 ans plus tard lorsque le philosophe australien Peter Singer publie La libération animale (1975), un livre devenu culte chez les défenseurs des animaux. Le spécisme y est définit comme un « préjugé ou attitude de parti pris en faveur des intérêts des membres de sa propre espèce et à l’encontre des intérêts des membres des autres espèces »1.

En 1985, l’Oxford English Dictionary, l’équivalent de notre Larousse, fait entrer officiellement la notion de spécisme dans la langue anglaise et la définit comme telle :

« Par analogie avec le racisme et le sexisme, l’attitude consistant à refuser indûment le respect envers la vie, la dignité, ou les besoins d’animaux appartenant à d’autres espèces que l’espèce humaine. »

32 ans plus tard, le terme « spécisme » fait son apparition dans le Robert et quelques années plus tard, dans le Larousse et permet donc de définir l’antispécisme comme une idéologie qui refuse une hiérarchie entre les espèces.

Notons qu’il serait plus judicieux de privilégier les termes non anglicisés « anti-espécisme » et « espécisme », comme le précise l’ethnologue et anthropologue Jean-Pierre Digard dans son ouvrage l’animalisme est un anti-humanisme (CNRS Editions, 2018).


1 La Libération animale, Peter Singer, Payot, 2012, p. 73

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