Un monde sans élevage est l’un des enjeux liés à l’antispécisme. En refusant une hiérarchie entre les espèces qui peuplent la Terre, l’antispécisme refuse l’élevage, considérant cette pratique comme une atteinte à la dignité et aux intérêts des animaux. Quid alors d’un monde où l’élevage n’existerait plus ?

 

Si l’on se fie aux travaux de Jean-Louis Peyraud, Directeur Scientifique Adjoint Agriculture à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), il s’agit d’un véritable non-sens. Cet organisme public, premier institut de recherche agronomique en Europe, mène des études sur des enjeux de société majeurs comme « conserver la biodiversité », « anticiper et lutter contre le changement climatique » ou encore « assurer une alimentation saine et durable ».

Sa réponse est très claire : un monde sans élevage est un non-sens humanitaire, un non-sens nutritionnel, un non-sens pour la sécurité alimentaire mondiale, un non-sens agronomique et enfin un non-sens écologique.

 

Un monde sans élevage est un non-sens humanitaire.

Les Nations-Unies à travers la FAO (Food and Agriculture Organization) estime « qu’un milliard de pauvres dépendent de l’élevage pour se nourrir et gagner leur vie». L’élevage est le moyen de subsistance pour ces personnes en grandes difficultés qui, si on devait l’interdire, n’y survivraient pas.

 

Un monde sans élevage est un non-sens nutritionnel.

La FAO, dans son dernier rapport sur la Sécurité Alimentaire et la Nutrition dans le Monde, s’insurge contre le fait qu’« une femme sur trois en âge de procréer souffre d’anémie dans le monde, ce qui a d’importantes conséquences pour la santé des femmes et de leurs enfants. » Il ajoute que « même en petites quantités, les aliments d’origine animale peuvent jouer un rôle important dans l’amélioration de l’état nutritionnel des ménages à faible revenu en comblant les carences en micro et macronutriments »1.

 

Un monde sans élevage est un non-sens pour la sécurité alimentaire mondiale.

66% des surfaces agricoles de la planète ne sont pas cultivables, seuls les herbivores peuvent en tirer profit pour produire des aliments2.

Il est important de préciser ici en effet que sur les 4.8 milliards d’hectares de terres agricoles à travers le monde, 3.3 milliards d’hectares sont des zones de prairies et de pâturages permanents non cultivables.

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Seuls 1,5 milliards d’hectares sont des terres cultivables qui permettent de nourrir les humains et les animaux (source FAO). L’unique moyen pour valoriser ces terres non cultivables est d’y élever des animaux herbivores qui nous apporteront ensuite du lait et de la viande. Dans un monde où la population ne cesse de croître et où la malnutrition repart à la hausse, se priver de cette ressource alimentaire n’a définitivement pas de sens.

Précisons par ailleurs que les villes à travers le monde, en s’agrandissant, grignotent des territoires non pas sur les prairies non cultivables mais malheureusement sur les terres cultivables… Ce sera l’un des gros enjeux du futur tout comme la capacité de produire davantage sur les terres cultivables en respectant l’environnement.

 

Un monde sans élevage est un non-sens agronomique.

Dans les systèmes de petite agriculture familiale, très présents dans les pays en voie de développement, l’élevage assure l’apport d’engrais, entretient la fertilité des sols et est la principale force de traction encore aujourd’hui.

En Europe, l’élevage contribue au recyclage des effluents et permet de réduire l’usage des pesticides.

 

Un monde sans élevage est un non-sens écologique.

A votre avis, quel type de végétation est la plus riche en termes de diversité animale ? Réponse : les prairies ! Elles accueillent jusqu’à 80 espèces par mètres carrés3. Or, si l’élevage venait à être supprimé, les prairies ne seraient plus entretenues par nos amis les ruminants. Dès lors, ces zones, où la biodiversité faunistique et floristique est à son apogée, disparaîtraient.

 

Alors certes, tout n’est pas rose dans l’élevage qui a des impacts négatifs qu’il faut réduire. Pour autant les démarches de progrès, mises place avec la méthanisation par exemple ou l’amélioration de la bientraitance animale, vont dans le bon sens. Il faut continuer à développer ces bonnes pratiques. En parallèle, il est primordial de rappeler que vouloir mettre un terme à l’élevage est un non-sens pour notre planète, une idée utopique imprudente qui doit être combattue.


1 http://www.fao.org/docrep/016/i2373f/i2373f.pdf
2 https://cgspace.cgiar.org/handle/10568/21111
3 Vandewalle et al, 2010 

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