L’élevage est régulièrement pointé du doigt pour être plus pollueur que l’ensemble des transports dans le monde. Un chiffre est mis en avant pour ne pas laisser de place au doute : 14,5 %. L’élevage serait responsable de 14,5 % de l’ensemble des gaz à effet de serre (GES) rejetés dans l’atmosphère, soit plus que les 14 % attribués à l’ensemble du secteur des transports.

 

Pourtant, nous comparons ce qui n’est pas comparable. Confronter ces deux chiffres est incohérent car les méthodes de calcul utilisées pour les obtenir sont différentes. Résultat : des conclusions hâtives et malheureuses circulent dans l’opinion.
Et si nous prenions le temps de bien comprendre d’où viennent ces chiffres afin d’éviter les interprétations erronées ?

 

Deux méthodes de calcul bien différentes

La sonnette d’alarme a été tirée par Anne Mottet et Henning Steinfeld, spécialistes de l’élevage à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) qui, dans un article publié sur le site de The Thomson Reuters Foundation en septembre 2018, donnent les clés d’interprétation de ces deux chiffres constamment repris dans les médias. Preuve du sérieux de l’article, Henning Steinfeld est le rédacteur du rapport de la FAO d’où provient le chiffre de 14,5%. Voici ce qu’il en ressort :

 

Le chiffre de 14% lié au transport émane du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Il prend en compte uniquement les émissions de gaz à effet de serre des véhicules lorsqu’ils circulent : on parle d’émissions directes de gaz à effet de serre. C’est ce qui sort du pot d’échappement.

Le chiffre de 14,5 % lié à l’élevage provient de la FAO. Il a été obtenu par une méthode appelée « analyse de cycle de vie » qui voit beaucoup plus large et prend en compte l’ensemble des dimensions de l’élevage : rots des animaux, production des aliments et intrants, transformation des aliments, transports, consommation d’énergie…

 

Le chiffre de la FAO (élevage) résulte donc de l’addition des émissions directes (les rots des animaux) et indirectes de gaz à effet de serre liées à l’élevage alors que le chiffre du GIEC (transport) se contente de prendre en compte uniquement les émissions directes : une différence de référentiel loin d’être anecdotique.

Ainsi, si le chiffre lié au transport était calculé de la même manière, il faudrait alors ajouter aux 14 % les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication des véhicules, ceux liées à l’extraction, au raffinage et au transport du pétrole… Ce chiffre n’a pour le moment pas été calculé. Nul doute qu’il soit particulièrement élevé.

En revanche, nous connaissons le chiffre des émissions directes de gaz à effet de serre émis par l’élevage : 5%.

 

Maintenant, comparons ce qui peut être comparé, à savoir les émissions directes de gaz à effet de serre :

Elevage : 5 %
Transport : 14 %

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Il est donc faux de dire que l’élevage pollue plus l’atmosphère que le secteur des transports. D’autant plus, que le rôle écologique absolument primordial de l’élevage est trop souvent passé sous silence !

Anne Mottet et Henning Steinfeld rappellent ainsi que l’élevage présente « des co-bénéfices environnementaux et socio-économiques, tels que la conservation de la biodiversité et de l’eau, ou la création d’emplois ruraux. L’élevage peut effectivement contribuer grandement à l’atténuation des effets du changement climatique, à la sécurité alimentaire et au développement durable en général. Le monde a besoin de consommateurs conscients de leurs choix alimentaires »1. Le rôle écologique des prairies, qui captent notamment le CO2, doit à ce titre être mis en avant (consulter l’article consacré à ce sujet) car il est encore trop méconnu.

Interpréter correctement les chiffres est d’une impérieuse nécessité pour ne pas biaiser notre point de vue. Gardons à l’esprit ce chiffre de 5 % et partageons cet article le plus possible !


1 http://news.trust.org/item/20180918083629-d2wf0/ 

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