L’antispécisme, en refusant une hiérarchie entre les espèces qui peuplent la Terre, conduit ses adeptes à adopter un régime alimentaire vegan. Dès lors, il est essentiel de savoir si consommer uniquement des aliments issus du monde végétal est suffisant pour être en bonne santé ? Pour le savoir, tournons-nous vers la nutrition : une discipline scientifique qui étudie la relation de l’être humain avec les aliments dont il se nourrit.

 

Si l’on se fie à l’expertise du Professeur Philippe Legrand, Directeur du laboratoire Biochimie Nutrition Humaine à l’Agrocampus, INRA de Rennes :

L’éviction des produits animaux est une prise de risque pour la santé, d’autant plus importante lorsqu’elle concerne les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées.

 

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Pour vivre en bonne santé, le corps a besoin de nutriments : des petites molécules qui apportent les ressources indispensables et que l’on obtient grâce à notre alimentation. Nous les connaissons sous les noms de protéines, lipides, glucides, mais aussi vitamines, minéraux, oméga ou oligoéléments.

Concrètement, 2 mécanismes liés à ces nutriments ont lieu dans notre corps : la digestion et l’absorption.

    • La digestion est la capacité à dégrader les aliments en nutriments.
    • L’absorption « est le passage des nutriments à travers la paroi intestinale vers le sang ou la lymphe, pour qu’ils soient distribués partout où notre corps en a besoin »1.

Selon le Professeur Legrand, pour vieillir en bonne santé et obtenir l’ensemble des nutriments dont notre corps a besoin, manger de tout en quantité raisonnable est l’attitude alimentaire la moins risquée. Il précise que « si le savoir en nutrition a fait des progrès gigantesques »2, rien n’affirme que tous les nutriments et leurs interactions aient été découverts. Raison de plus pour respecter le principe de précaution et privilégier une alimentation omnivore.

Allons plus loin et examinons d’un peu plus près certains nutriments afin de mieux saisir les limites du 100% végétal.

 

Les minéraux

Si le phénomène d’absorption est très efficace pour les glucides, protéines et lipides, il l’est nettement moins pour les minéraux et en particulier le fer et le calcium. C’est la raison pour laquelle on entend souvent parler de carence en fer ou en calcium. Leur absence provoque de graves problèmes : anémie (manque de globules rouges) et rachitisme (maladie de la croissance des os lors de l’enfance).

A l’état pur, les minéraux sont de l’écorce terrestre : de la pierre que le corps humain aurait bien du mal à absorber sans un peu d’aide. Cette aide est apportée :

    • En petite partie par les végétaux qui transforment les minéraux et les rendent absorbables par l’homme, mais insuffisamment.
    • En grande partie par les animaux qui transforment les minéraux de manière bien plus efficace et absorbables pour l’Homme.

Le fer est, par exemple, 6 fois plus facilement absorbé par le corps humain lorsqu’on mange de la viande comparée à des végétaux.

Pour ne pas être carencé en minéraux, le plus simple reste donc de manger de la viande en quantité raisonnable.

 

Les protéines

Les protéines ont un rôle vital pour notre organisme : ce sont en quelque sorte les « briques » nécessaires à la fabrication des muscles, des os, des enzymes, des hormones, des anticorps … Il est important de les renouveler constamment. Un déficit en protéine et ce sont les structures musculaires qui sont alors en danger. Vigilance donc !

Les protéines sont constituées de multiples acides aminés. Le corps sait en fabriquer une partie mais pas la totalité. Il est donc nécessaire d’aller les chercher dans notre alimentation, qu’elle soit d’origine végétale ou animale. Néanmoins, toutes les protéines ne se valent pas.

Ainsi, « les protéines animales sont plus riches en acides aminés indispensables, et plus proches de nos besoins, que les protéines végétales »3.

A teneur égale, il faut ainsi consommer davantage de végétaux pour couvrir les apports nécessaires, ce qui amène une surconsommation de fibres végétales qui, en excès, « ont tendance à piéger les micronutriments comme les vitamines »4.

Ce qui ne veut bien sûr pas dire que les aliments végétaux sont mauvais pour notre santé, bien au contraire ! Tout est question de dosage. Mais comme pour les minéraux, le plus simple pour ne pas manquer de protéines, est d’incorporer dans son alimentation des produits animaux.

 

Les vitamines

Comme pour les minéraux et les protéines, les vitamines sont des nutriments absolument nécessaires au corps humains. On les trouve également dans les aliments. Toutefois, « végétaux et animaux n’en sont pas également dotés, les premiers parce qu’ils les fabriquent, les seconds parce qu’ils les transforment pour les rendre plus concentrées, donc plus efficaces »5. De plus :

Certaines vitamines sont synthétisées uniquement par les animaux : c’est le cas de la vitamine B12, vitale pour l’homme, son absence entraînant anémie et mort.

Cette vitamine, qui n’est pas synthétisée dans le monde végétal, ne se trouve en effet que dans la viande et le lait des ruminants.

 

Les oméga 3 et 6

Là encore, il s’agit de nutriments vitaux pour notre bonne santé. On les connaît aussi sous le nom d’acides gras. Ce sont des lipides, du (bon) gras nécessaire aux multiples bienfaits.

On retrouve les oméga 3 sous diverses formes, à la fois dans les végétaux et les poissons gras. Concrètement, les oméga 3 présents dans certaines huiles végétales (colza, lin, noix…) et ceux présents dans les poissons gras (sardines, saumon…) sont complémentaires. Un régime alimentaire omnivore permet de ne pas faire l’impasse sur ces nutriments qui ont un rôle structurant pour le cerveau et préviennent les maladies cardiovasculaires. Le problème c’est qu’en France :

un réel déficit existe dans la consommation des oméga 3 présents uniquement dans les poissons gras.

Alors que leurs apports recommandés sont de 500 mg par jour, leur consommation moyenne se situe entre 130 et 200 mg par jour6.

Quant aux oméga 6, eux aussi sont vitaux ; avec un rôle prépondérant dans la croissance de l’organisme et l’intégrité des tissus. On les trouve notamment dans les huiles végétales de tournesol, de noix de sésame… Contrairement à leurs cousins oméga 3, nous en consommons excessivement en France. L’idéal est de trouver un « équilibre assez fin de 4 oméga 6 pour 1 oméga 3 »7. Là encore, une alimentation omnivore est l’idéal pour trouver cet équilibre en associant des huiles végétales et du poisson gras (2 fois par semaine).

 

Si manger de tout semble le plus approprié pour bien vieillir, comment font alors les végétaliens qui excluent les produits animaux de leur alimentation ? La réponse réside dans une consommation importante de compléments alimentaires et une connaissance parfaite, presque scientifique, des besoins nutritionnels. L’un des pièges étant l’obsession de son équilibre nutritionnel : cela s’appelle l’orthorexie.

A l’heure où 2 milliards de personnes dans le monde souffrent de malnutrition selon l’Organisation Mondiale de la Santé, l’éclairage scientifique du Professeur Legrand est salutaire. Il nous apprend que se priver des aliments d’origine animale n’est pas le choix le plus raisonnable et qu’en vertu du principe de précaution, il est préférable de manger de tout. Seul le dosage compte !


1 Coup de pied dans le plat, Pr Philippe Legrand, Marabout, Vannes, 2015, p. 15
2 Ibid, p. 204
3 Ibid, p. 36
4 Ibid, p. 37
5 Ibid, p. 41
6 Ibid, p. 64
7 Ibid, p. 69

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